DES LANGUES POUR RACONTER
Dans un paysage linguistique aussi riche que la Suisse, donner à entendre et voir une histoire au théâtre, nous confronte perpétuellement au problème de la Tour de Babel. Pour nous, “passeurs d’histoires”, créateurs de théâtre, quoi de plus frustrant que de se frotter un un Röstigraben démodé et dont nous ne voulons plus?
Quoi de plus désolant que de limiter notre désir de raconter des histoires aux frontières linguistiques de notre territoire régional?
De ces questions découle une envie de voir les délimitations linguistiques non pas comme un faiblesse mais comme une richesse, une force à exploiter pour aller plus loin dans la transmission d’histoires et à laquelle s’allie une langue non verbale: celle du corps. Le langage corporel, qui nous concerne tous, sert d’escalier (ou d’ascenceur!) pour passer d’un étage à l’autre de la Tour de Babel, pour passer aisément d’une langue à l’autre. À ce concept, je raccroche les différents dialectes utilisés dans la Commedia dell’Arte.
Traditionnellement, le “Docteur” (il dottore) parle, par exemple, avec l’accent ou le dialecte de Bologne alors qu’un “Arlequin” ou un “Brighella” seront originaires de Bergame en Lombardie et adopteront un langage du nord de l’Italie.
Et si aux dialectes italiens, nous substituions les langues nationales suisses? Et si le Docteur parlait le joli “Bernerdütch” et qu’Arlequin avait un bel accent vaudois? Qu’en est-il d’un Capitaine qui parle romanche ou italien?
Le pari de mélanger Commedia dell’Arte et langues nationales suisses est pris. En soutenant les langues orales avec celle visuelle du corps, que les acteurs du spectacle ont travaillé durant leur formation à la célèbre Scuola Teatro Dimitri,
naphtaline désire créer un spectacle nouveau, populaire et à mesure d’homme pour raconter l’histoire du plus humain des rois de l’Ancien Testament, David. Un spectacle qui fera revivre les places des petits villages traversés dans les Grisons et qui pourrait voyager dans toute la Suisse.
Sandro Santoro